17 mars 2014

EasyJet d'Arnaud Friederich

Avec l'essai que je vais vous présenter aujourd'hui, je tiens à accompagner ces mots d'une pensée chaleureuse pour tous les passagers du vol de la Malaysia Airlines dont on n'a encore aucune nouvelle. Même si je ne suis pas une "geek" de l'aviation, les virées dans le ciel me fascinent autant qu'elles m'angoissent.

Le petit livre orange que je tiens entre les mains avait peu de chance que je l'achète si une chronique n'en avait pas été faite dans Les lectures de Salomé Kiner (sur Le Mouv'). Fin en épaisseur et au titre m’évoquant en premier lieu de la publicité gratuite pour la grande firme, je ne suis normalement pas très friande des deux conjugués. Oui mais voilà, le propos m'a interpellé.

L'auteur a pris 17 fois l'avion en l'espace de 20 jours. Et toujours avec l'un des bestsellers de l'aviation low-cost, j'ai nommé EasyJet. Il dresse un intéressant panorama du voyage, rendu plus facile du fait du faible coût. Depuis 1995, date d'implantation du géant, l'entreprise qui a deux sièges, l'un à Luton en Angleterre, l'autre à Genève, a eu de beaux jours devant elle. Avec une moyenne de 200 appareils et un remplissage total d'environ 83%, l'entreprise peut se targuer de faire voyager les foules, toutes populations confondues. Avec 120 destinations, EasyJet a ouvert le marché à l'Europe et rendu possible les flux réguliers vers une maison de vacances, un parent ou une ville "inconnue" (Tallinn, Ljubljana...). Le transport aérien s'est donc démocratisé et, comme il l'explique bien, il ne viendrait plus à l'idée de quiconque  de raconter un vol puisque les trajets sont désormais monnaie courante.

 

Alexandre Friederich raconte, dans une succession d'anecdotes, les différents vols (car sociologiquement ils révèlent des tendances et sont caractéristiques de migrations, dues aux crises secouant différents pays). Il voyage avec des Grecs puis des Espagnols n'ayant pris qu'un aler simple, espérant trouver du travail ailleurs. Il raconte les formalités et petits rouages qui obligent les passagers à se plier à des contraintes souvent dégradantes : bagages passées au peigne fin, nourriture surévaluée, attente et retard courants.

 

Je ne suis ni une voyageuse régulière ni une pro (ni même anti) EasyJet mais le pont de vue adopté par Alexandre Friederich permet un balayage sociologique du transport aérien. Il n'est pas tout à fait à charge contre le géant orange car il cerne, avec ce cas d'école, les logiques du marché, les restrictions liées au coût, les avantages d'un périple simplifié.

 

Dans son ensemble, le processus s'apparente à une traversée de la mort. Le passager n'a ni rôle ni corps. La compagnie est toute-puissante. Elle vous dépose sur votre lieu de destination. Du travail de postier. En comparaison, le train ou le bus sont des moyens archaïques, inscrits dans l'épaisseur du monde.
Conséquence de la perfection, la liberté souffre. Tel est le prix de la sécurité (chez easyJet, avantageux). Le low cost offre ainsi une métaphore sans pareille de nos sociétés. Il invente de nouvelles techniques de conditionnement du passager - comme on parle de conditionnement du poulet.(p. 15)

 

C'est très instructif et ça donne le goût de voyager aussi ! Quitte à être pris pour un poulet ! 

 

EasyJet - Arnaud Friederich (Allia, 2013, 87 p.)

Posté par Mélopée à 13:32 - Du côté des essais - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

    Ce qui m'a frappée quand j'ai voyagé avec Easyjet (pas souvent) c'est la jeunesse du personnel de bord. Je trouve que c'est bien qu'une entreprise embauche des jeunes mais je me pose aussi des questions : où sont passés les moins jeunes ? On les vire quand ils ont acquis un peu d'ancienneté ou ils démissionnent dès que possible ? Et le pilote ? Il a le même âge que les hôtesses et les stewards ?

    Posté par Agnès, 17 mars 2014 à 17:58
  • Jamais pu profiter d'un tarif Easyjet encore. Il faut s'y prendre assez rôt pour avoir les meilleurs prix, et après, ça rejoint vite les tarifs des autres... Et puis lowcost équivaut, dans mon subconscient, à moins sécurisé, alors peut-être que je ne mets pas trop d'ardeur dans mes recherches.^^

    Posté par A_girl_from_eart, 17 mars 2014 à 22:35
  • L'auteur parle-t-il des conditions de travail des employés également ?

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 18 mars 2014 à 11:44

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