30 août 2011

La comtesse et les ombres de Carey Wallace

La rentrée littéraire est plus que jamais dans le vent. Voici un nouvel ouvrage paru le 11 août qui a, d'ores et déjà, une couverture des plus alléchantes.

Nous somLa_comtesse_et_les_ombres_Carey_Wallacemes au XIXe siècle, dans une vallée italienne. La comtesse Carolina Fantoni s'apprête à épouser le plus beau parti de la région, Pietro, convoité de nombre de ces démoiselles. A l'heure de ce grand événement, un autre problème vient agiter Carolina : elle est en passe de perdre la vue. Son entourage ferme les yeux (c'est le cas de le dire) et ce mariage, heureux pour les deux familles, ne fait pas totalement le bonheur de la mariée. C'est que Turri, un inventeur fantasque, occupe ses pensées. Le mariage a lieu mais Carolina et Turri ne rompent pas les liens pour autant ; ils se retrouvent régulièrement au bord du lac de la demoiselle, abri de tous ses tourments et préoccupations. Leur amitié est indéfectible et ce n'est pas leur mariage respectis qui les ramène à davantage de raison. Turri continue à explorer les berges, parfois accompagné de son fils Antonio, à expérimenter de nouvelles idées, comme son ingénieuse machine volante. Lorsque Carolina perd la vue, la beauté des paysages s'arrache à elle et l'indifférence des uns et des autres la ramène à triste condition de femme du monde. Un jour, Turri lui fait porter une machine à écrire, la première du genre qui lui permettra de communiquer en dépit de sa cécité.  Une nouvelle échappatoire s'offre à elle avec cette invention géniale garante d'une certaine autonomie.

- Je dormais sur la rive, raconta-t-il. Je me suis réveillé lorsqu'il a commencé à pleuvoir. Je me suis assis, prêt à me réfugier dans la maison, et alors j'ai réfléchi. Je me suis demandé ce que je verrais si je m'allongeais ici et regardais le ciel.
- Qu'avez-vous vu?
- La pluie, répondit-il avec un nouveau sourire. Ensuite, elle est tombée dans mes yeux et je n'ai plus rien rien vu du tout. (p. 73)

Je dois le confesser, je n'ai pas aimé ce livre. Ce n'est pas faute de l'avoir regardé sous tous les angles en librairie, attirée par cette très belle couverture et son résumé aguicheur. J'ai succombé et me le suis offert ! Seulement, au bout de quelques pages de lecture, j'ai compris que la magie n'opérerait pas. Le style est (trop?) simple, les dialogues sont d'une platitude sans nom et les personnages perdent toute crédibilité avec leurs agissements d'enfants. De plus, on se perd dans les réflexions de Carolina, d'abord voguant dans l'obscurité puis murée dans un noir d'encre. Elle digresse dans des apartés oniriques où parfois le rêve semble rejoindre la réalité. J'ai dû reprendre certains passages, perplexe quant à l'évolution de ses rêves, où la faculté de voir lui est rendue. Certes, il peut paraitre logique de rêver avec de vraies images, toutefois les passages manquaient cruellement de vraisemblance. Le trio fou (Carolina/Pietro/Turri) m'a été antipathique du début à la fin et ce n'est pas la bonne (dont je viens même d'oublier le nom) qui rattrape le tout, inventant des histoires pour divertir Carolina. On se croit dans un conte pour enfants alors que les personnages sont des adultes, devraient faire rêver, et ne font en fait que sourire de par leurs extravagances et futilités.

Certaines tournures de phrases m'ont également gênée. Citons par exemple une phrase (que je n'ai pas réussi à retrouver et que je citerai donc approximativement) qui dit à peu près ceci "Il la regarda avec ses yeux". Hum ! Peut-on regarder avec ses pieds? Ou encore : "des pas l'attendaient devant la maison". Y a-t-il une quelconque figure de style derrière tout ça? Je vous avoue qu'en fin de roman, j'ai été lasse de reprendre des passages, cherchant des sens cachés ou une poésie que je n'aurais su cerner. Bref, moi qui aime une langue fluide où tout coule de source, je n'ai pas pu m'empêcher de buter sur ces petits défauts.

Première déception de cette rentrée littéraire. Il en fallait bien une et il est certain que passer après de beaux coups de coeur comme La couleur des sentiments, A l'enfant que je n'aurai jamais et Famille modèle n'aura pas été salutaire pour La comtesse et les ombres qui ne peut espérer tenir la comparaison.

Je tiens tout de même à saluer le très beau site internet de l'auteur ici avec tout plein de papillons, comme j'aime gif_papillons_10top

La comtesse et les ombres - Carey Wallace (Presses de la cité, 2011, 269 p.)

RL2011b

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27 août 2011

A l'enfant que je n'aurai pas de Linda Lê

Ce texte de Linda Lê sur le choix de non-maternité est un témoignage émoa_l_enfant_que_je_n_aurai_pas_230033uvant (à destination de son enfant immatériel) qui, en quelques soixante pages, nous entraine dans une réflexion détonante. Quel est le point de vue de la bonne société sur ces femmes qui ont décidé de ne pas enfanter? Il va de soi qu'elles sont jugées, pointées du doigt et doivent même se justifier car ne pas vouloir avoir de descendance est une décision lourde de conséquences.

Linda Lê en fait l'expérience avec son petit ami, S., qui use de tous les arguments pour tenter de la convaincre d'enfin entrer dans le moule. Mais l'auteur a déjà bien réfléchi à la question et trouverait presque contre nature de donner naissance à un être non désiré. Doit-on abdiquer pour sa compagne ou son compagnon? Peut-on espérer un éveil de l'instinct maternel en voyant la "septième merveille du monde" pointer le bout de son nez?

Les mots de Linda Lê sont puissants, brillants et ont résonné en moi extrêmement fort car ils sont criants d'une autre vision de la vie, non moins belle, mais différente de la majorité. Je me suis plus d'une fois remise en question en me disant que foncièrement la femme a, à notre époque, son propre libre-arbitre et peut donc décréter ne pas vouloir être féconde. Est-ce un mal? Peut-on parler d'égoïsme? C'est un vaste débat auquel je ne suis pas sûre d'avoir une opinion très tranchée. Mais le non-désir de maternité m'interpelle car, au contraire de Linda Lê, j'ai un besoin viscéral de me "perpétuer". Je n'en suis pas encore là mais je ne pourrais concevoir un avenir sans enfant. D'un côté comme de l'autre il doit y avoir un certain égotisme, à vouloir avoir toujours une partie de soi et/ou de son nom sur Terre, pour continuer à exister, par prolongement.

Et comment aurais-je subvenu à leurs prodigalités, moi qui suis une cigale, gaspillant mon avoir dans les librairies, moi qui tombe toujours amoureuse d'irresponsables sans fortune, moi qui n'ai pas un métier solide, mais ne suis qu'un écrivain dont les romans ne font pas un tabac? (p. 27)

Sitôt tournée la dernière page, j'ai voulu reprendre certains passages et reparcourir le livre, avec un second plaisir, celui de bien m'imprégner de ces mots, touchants de sensibilité et pourtant très justes et mesurés. Car Linda Lê nous fait part de sa vie, avec S., mais aussi avec des parents (qui n'ont peut-être pas été des exemples de parents), mais aussi avec elle-même et ses démons.

A lire d'une traite et à reprendre à l'occasion pour ne pas garder des œillères sur l'inévitable "fatalité" d'assurer la lignée. D'autres points de vue existent... et c'est tant mieux !

A l'enfant que je n'aurai pas - Linda Lê (NiL, 2011, 64 p., collection "Les Affranchis")

RL2011b

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24 août 2011

Vers la mer d'Anne-Sophie Stefanini

Je continue ma découverte des romans de la rentrée littéraire avec un petit ouvrage d'une auteur française qui nous maintient la tête en vacances, bien loin, vers le soleil de la Côte d'Azur. Il est sorti aujourd'hui et il est de bien bonne facture !

9782709635547

Premier roman d’Anne-Sophie Stefanini, ce livre est une très belle immersion dans le quotidien de deux êtres dont la proximité va se retrouver mise à rude épreuve. Deux personnages hantent ce roman : Laure et sa mère, Catherine. La première va sur ses 19 ans, la seconde est immanquablement toujours dans le coup. Lorsque Laure décide de partir pour un long voyage vers Nice, c’est tout naturellement que sa mère lui propose de l’accompagner. Catherine est en effet bien placée pour prendre part au voyage puisqu’elle a, plus jeune, entrepris la même aventure. C’est comme un passage de relai qui s’effectue sous nos yeux. Voilà donc les deux protagonistes, quittant leur domicile parisien, pour descendre en voiture vers la Côte d’Azur. De là, Laure devrait se débrouiller et commencer à mener une vie indépendante. Quant à Catherine, elle profiterait quelques jours du soleil avant de remonter en solitaire vers le foyer laissé vide. C’est une quête initiatique que cette escapade loin d’être de tout repos : un petit accident, un arrêt à Vienne aux conséquences imprévues sur le reste de l’échappée. Les deux personnages sont des êtres qui tentent de s’arracher à leur quotidien fait de silences , de non-dits et de livres comme refuge. Les hommes ont loin d’avoir leur place dans ce roman. Ils sont des spectateurs impuissants de cette fuite en avant mais n’en sont nullement des acteurs.

Je vais être obligée d’un peu raconter ma vie mais en lisant le titre je me suis dit « quelle heureuse coïncidence ! ». En effet, j’entreprenais, en lisant ce roman, quelques jours de voyage vers mes racines dans le Sud de la France (tout près de Nice). Autant dire que j’ai souri en lisant le désir d’un recommencement d’une Laure, à l’aube de sa vie, dans un coin qui m'est plus que familier. Ce livre m’a fait penser au roman de Debora Gambetta, Viaggio de maturità, qui nous fait suivre un groupe de jeunes gens cherchant à reconquérir une petite amie enfuie. Ici le but n’est pas le même puisque Nice semble être le point de départ d’une nouvelle vie, sans raison aucune, sans véritable attache. Malgré tout, le temps passé dans le trajet permet dans les deux histoires de mûrir, d’évoluer et de revoir ses desseins avec un regard neuf. Dans Vers la mer, ce n’est pas un caprice d’enfant gâté cherchant à s’émanciper qui prend place. On a l’impression que c’est une nécessité quasi vitale qui se transmet de mère en fille depuis déjà trois générations. Lorsque vient l’heure de faire des choix, le départ précipité est inévitable.
Voilà un roman bien écrit, sur un thème a priori banal, mais qui est bien traité grâce à l’alternance des points de vue Laure/Catherine. Nul doute que ce voyage de novembre saura en faire partir plus d’un à l'heure où la tête semble encore à tous les voyages imaginaires.

Et voici une très belle lecture d'un passage du roman par l'auteur elle-même ici. Bon voyage cool1 !

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Vers la mer - Anne-Sophie Stefanini (Éditions Jean-Claude Lattès, 2011, 235 p.)

RL2011b

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21 août 2011

Au commencement la nuit était musique d'Alissa Walser

La rentrée littéraire se poursuit avec cet ouvrage à la très belle couverture, chez Actes Sud. Il sort début septembre et est tout à fait surprenant !
Nous sommes à Vienne en 1777 et l'heure de gloire pourrait bien arriver pour l'ém51ofgs10inent médecin, Mesmer. Premier magnétiseur de l'histoire, il est chargé de redonner la vue à la fille du secrétaire de la cour. La demoiselle, Maria Theresa Paradis, particulièrement douée au piano doit pouvoir évoluer en societé, or sa cécité l'exclut des milieux mondains. Ses parents, ayant fait le tour de tous les spécialistes reconnus, s'adressent maintenant à Mesmer, leur ultime espoir. Mais n'est-ce pas vain de confier son enfant à cet homme aux pratiques mystérieuses? N'est-il pas un imposteur?
Maria Theresa reste donc avec les autres patients, en résidence permanente. Son quotidien est rythmé par les exercices et la musique. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, le miracle a l'air d'avoir lieu : la jeune fille recouvre peu à peu la vue. Les parents sont avertis et le bruit commence à courir que cette petite prodige pourrait bien honorer son rang, dans peu de temps. Mesmer cherche à temporiser, même si la notoriété soudaine sur sa pratique du magnétisme le flatte et le place lui aussi sur le devant de la scène. C'est le traitement sur la durée qui sera garant de la réussite de l'entreprise. Seulement, on s'impatiente et bientôt Maria Theresa Paradis est arrachée à sa maison pour s'exhiber sur scène, forte de son nouveau regard et de ses petites mains virevoltant sur le piano.

Que n'ai-je pas l'habitude de m'aventurer dans de tels romans ! C'est qu'un roman historique creuse les sillons d'un autre temps et que la vraie histoire des Paradis et du magnétiseur Mesmer me faisaient cruellement défaut. J'ai eu beau chercher matière à m'accrocher à cette fiction, j'ai comme survolé l'histoire car mon intérêt s'est fait fluctuant. Certes, rendre la vue à une aveugle est au fond un concept qui peut marcher, seulement Mesmer est loin d'être sympathique et la jeune pianiste m'a plus qu'agacé dans son entêtement à plaire aux uns et aux autres.
La plume d'Alissa Walser est néanmoins touchante, voire poétique et cela, je l'ai ressenti dès le titre. Il a pris tout son sens au fil des pages et c'est bien là une réussite.
Et les phrases sont courtes, concises, elles nous interpellent à chaque respiration. J'ai aimé cette poésie et ce parti pris de rendre le texte brut, plein de points et d'interrogations.

Dans sa chambre, le silence. Un silence étrange. Dense. Où sont les pigeons? Elle s'arrête. Pas même de pigeons endormis? Il est sans doute plus tard qu'elle ne croit. Est-ce que ce sont des taches, là, ou est-ce qu'elle se trompe? Les taches semblent fiables. C'est déjà ça. Fiables dans leur vacillement et leur tremblement agités. A son image. Elle renoue le bandeau autour de ses yeux. S'imagine qu'elle a pris soin d'eux, les a mis au lit. Comme la bonne la mettait au lit autrefois. Ils peuvent maintenant se reposer, Maria et ses yeux. Sommeiller doucement dans le fauteuil. Laisser défiler la journée depuis une hauteur sûre. (p. 122)

Encore un roman de la rentrée littéraire dont je ressors globalement satisfaite. J'ai eu l'impression avec celui-ci d'avoir exploré un pan de l'histoire. Je vous invite à vous renseigner sur l'histoire de Maria Theresa Paradis et de son docteur Mesmer, personnages qui ont bel et bien existé et dont la relation apportera, ne serait-ce qu'un instant, la lumière.

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Au commencement la nuit était musique - Alissa Walser (Actes Sud, 2011, 256 p.)

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19 août 2011

Cheyenn de François Emmanuel

9782021039269Un réalisateur de documentaires (le narrateur) s'intéresse au meurtre d'un SDF, le dénommé Samuel Montana-Touré. Ce n'est pas l'acte cruel qui retient son attention mais bien la personnalité du jeune marginal, qui avait su capter son regard lors d'un précédent tournage. Qui était cet homme que l'on surnomme Cheyenn? Les pistes à exploiter sont minces car les SDF se font vite oublier, déjà partiellement exclus de la société.
Le cinéaste s'acharne, même contre l'avis de ses supérieurs, pour rendre justice à cet homme qui s'est laissé mourir à petit feu avant de recevoir le coup fatal. Il revisionne les séquences enregistrées, interviewe le "colocataire" de hangar Lukakowski, tente de joindre les skinheads qui seraient les meurtriers présumés. Par un concours de circonstances, il apprend l'existence d'une sœur non loin, qui le mène à la fameuse Maria, qui aurait eu des liens avec le SDF. Maria, est en fait Mauda, et de Cheyenn, elle connait bien plus que le nom ou le personnage vacillant et errant dans les rues.

Si au départ, l'entreprise de faire un film, à partir de fragments très lacunaires, laissait à désirer, au fil du temps on comprend que la détermination du narrateur peut s'avérer payante. En pointant l'objectif sur le petit peuple mis à l'écart on apprend de grandes choses et c'est une leçon de vie à laquelle le lecteur prend part, en toute humilité, presque spectateur d'un homme qui livre ses secrets.
Dans ce récit-reportage, on est tour à tour révoltés par l'indifférence générale puis par les gens qui ne souhaitent pas être mêlés à cette affaire, aussi sombre soit-elle. Effectivement, qui peut se targuer d'avoir fréquenté un SDF? Et plus encore, qui peut revendiquer un meurtre si "insignifiant"?

J'ai pour ma part été un peu désorientée par le parti pris de François Emmanuel de nous faire suivre son personnage comme dans un film. Or le film est ici composé de mots et de transparence. En théorie, je n'aurais pas choisi un tel livre de moi-même mais c'est une découverte bien agréable qui m'a fait sortir des sentiers battus.
Sans conteste, Cheyenn est un bon livre qui se termine tout en douceur, mais ça, je ne vous en dirai rien.

Un grand merci à Libfly et au Furet du Nord pour la découverte de ce livre, dans le cadre de l'opération "rentrée littéraire".

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Cheyenn - François Emmanuel (Editions du Seuil, 2011, 123 p.)

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13 août 2011

Un avenir de Véronique Bizot

Voilà un autre livre de la rentrée littéraire. Je dois être particulièrement chanceuse, ou être dans un excellent état d'esprit, car j'ai adhéré de bout en bout. Merci Praline pour le prêt !

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Paul reçoit une lettre de son frère jumeau, Odd. Celui-ci lui annonce sa décision de disparaitre et lui demande en post-scriptum s'il peut passer chez lui vérifier que le robinet du lavabo a bien été purgé. Bien que la lettre soit énigmatique, elle n'en est pas moins inquiétante et Paul file donc vers la demeure vide. Arrivé sur les lieux, il est assailli par les souvenirs et par les doutes. Que s'est-il passé pour que la famille devienne ce qu'elle est?
En cent pages, Véronique Bizot nous entraine dans une sorte de road-trip où sont livrés pèle-mêle portraits familiaux, anecdotes mais aussi solitude et espoir.

De notre mère émane cette lumière mate propre à la Norvège et comme une espèce d'insouciance, je suppose qu'alors elle riait beaucoup et que notre père devait en quelque sorte se nourrir de son rire, qui le dispensait lui-même du moindre effort de gaieté.
(p. 43)

J'ai aimé l'écriture de Véronique Bizot, pleine de fantaisie car faite de contrastes, d'images... Certes, le récit est court mais il n'empêche qu'on prend ces cent pages avec plaisir. C'est avec un égal plaisir qu'on découvre la famille : le rigide Harald, Adina et Dorthéa (les récentes sœurs mariées), Margrete (envoyée à l'asile). Odd parait déjà très isolé car loin de tous et c'est Paul qui fait le lien, tentant toujours de le ramener vers le cocon familial. Bien sûr, les personnalités ne sont pas aussi fouillées qu'elles pourraient l'être mais, pour ce roman, la mission est pour moi remplie : j'ai suivi la déambulation du narrateur avec ce pincement au cœur, ne sachant le dénouement, et une pointe de joyeuse impatience.

Un récit qui mérite qu'on s'y intéresse, à l'approche de cette rentrée littéraire !

Un avenir - Véronique Bizot (Actes Sud, 2011, 103 p.)

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09 août 2011

Famille modèle d'Eric Puchner

Le voilà le premier coup de cœur de l'année et il commence par un ouvrage de la rentrée littéraire prochaine. Comme quoi, il faut tout analyser avec un regard neuf car la surprise peut encore être au rendez-vous.
eric_puchner

Warren Ziller a tout quitté (son Wisconsin, son métier) pour venir s'installer avec sa famille dans la Californie rêvée. C'est qu'il espère faire fortune dans l'immobilier en vendant des propriétés perdues dans le désert. Le hic c'est qu'une décharge pas loin est en train de se construire. Espérant flouer son monde en vendant tout de même les maisons déjà en place, il engage tout l'argent de la famille dans la désastreuse entreprise.
Dans sa course effrénée à l'argent (qu'il espère) facile, il y a les membres collatéraux qui le suivent dans l'aventure. C'est sa famille qui va pâtir en premier lieu de l'inconscience du paternel. Parmi eux, il y a la mère, femme toute puissante et un brin castratrice, qui se sent bien dans le luxe (mais durera-t-il?). Ensuite il y a Dustin, l'aîné de la fratrie, un ado rebelle, accro à la guitare et un brin goujat avec les filles. Puis c'est Lyle, la cadette, influençable et délurée, elle n'a qu'une idée : se faire un nom dans la société. Enfin le petit dernier c'est Jonas, l'extraterrestre de la fratrie, aux idées un peu morbides, aux manies agaçantes et qui s'isole du reste du monde.
D'entrée de jeu on se dit que cette famille, même si elle est loin d'être "parfaite", est en fait comme toutes les familles, avec son lot de petites misères, d'habitudes et de travers. Sauf que tout dérape rapidement vers un joyeux n'importe quoi : Warren (le père) persiste à croire que son investissement dans l'immobilier deviendra rentable et lorsqu'il prend conscience des dommages sur le budget familial mais aussi sur les siens, il est peut-être déjà trop tard.

Je ne veux pas trop dévoiler tous les ingrédients qui pimentent l'action car c'est dans cette totale découverte que j'ai pris le plus de plaisir. Plus on voit la famille s'engluer dans ses problèmes, plus on sent que la chute sera rude. Les enfants sont comme tous les enfants : à tester les adultes, à jouer avec le feu lorsqu'ils sont en groupe, mais ils sont quand même des êtres en construction, avec des rêves, des projets qu'ils comptent bien réaliser.
La trame avance et cette famille Ziller fait peu à peu face à ses difficultés. Elle ne les pallie pas mais prend conscience de son cauchemar américain devenu réalité.

Au pays des oiseaux sous-marins, tout est inversé. Par exemple, les poissons volent dans le ciel et font leur nid dans les arbres. Les sconses sentent aussi bon que les fleurs. Lorsqu'ils se marient, les gens disent : "Je te hais". Le prêtre annonce : Vous pouvez maintenant donner un coup de poing à la mariée. Les filles font pipi debout. Au pays des oiseaux sous-marins, c'est en courant le plus lentement qu'on gagne aux jeux olympiques. L'enfance est le pire moment de la vie ; plus on vieillit, plus on devient heureux. Et puis c'est avant la naissance qu'on va au paradis. Quand quelqu'un meurt, on distribue des cigares. Au pays des oiseaux sous-marins, il y a un proverbe qui dit : "Des chez-soi, on en a par millions". (p. 479)

Ce que j'ai aimé le plus dans ce livre, ça a été le style de l'auteur qui est pour moi incomparable. Il dresse un monde fragile, tenu par des illusions, et se fait un malin plaisir à faire évoluer ses personnages dans des situations qui tiennent du tragi-comique. Car dans la débâcle qu'on observe, on ne peut s'empêcher de rire, d'être sidéré par les réactions des uns et des autres : la mère versant un petit verre d'urine dans le café de son mari (qui la délaisse depuis ces derniers temps... et il y a de quoi !). Plus les personnages sont empêtrés dans leur misérable condition, plus on jubile. Car les pages défilent et avec frénésie on veut savoir jusqu'où toute cette arnaque pourra aller. Et laissez-moi vous dire qu'on n'est pas au bout de ses surprises !
Une plume précise et incisive, racontant un fiasco familial avec brio. Entre l'hilarité et le désespoir, le lecteur a tôt fait de choisir son camp. J'ai été happée de bout en bout (et pourtant il est rare que je ne flanche pas lorsque ça excède 500 pages) et couronne donc ça d'un énorme coup de cœur.
Un grand merci à Anne-Marie (copinaute de lecture chez Libfly) de m'avoir permis de lire ce livre. C'est réjouissant de se sentir bluffé par l'ensemble !
Parution le 17/08/2011
Famille modèle - Eric Puchner (Albin Michel, 2011, 525 p.)

RL2011b

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03 août 2011

La légende des fils de Laurent Seksik

Nous sommes dans les années 60 près de Phoenix. John Fitzgerald Kennedy vient d’être él9782081248564u président. C’est le temps du rêve, des espoirs pour notre personnage principal, Scott.

Scott est un adolescent américain un peu mal dans sa peau. Son père en est la cause puisqu’il n’arrivent pas à se comprendre, chacun évoluant dans sa sphère pleine de doutes et de cicatrices. Quand son père, Jeffrey Hatford, est colérique, violent et grossier, Scott est quant à lui mesuré, silencieux et poli. Scott est un collégien sensible qui souhaite préserver l’harmonie familiale, aussi ne fait-il pas des siennes auprès de son père. C’est que celui-ci est revenu transfiguré de la guerre de Corée de laquelle il a gardé une patte boiteuse et sans doute quelques séquelles psychologiques. Après cette dure épreuve, tout le monde veut l’épargner et l’excuse dans ses nombreux travers. Quand la mère de Scott (Mam) passe son temps à trimer à l’hôpital, à assurer remplacement sur remplacement, le père, lui, traine à la maison. Dehors, les ragots vont bon train et Scott assiste à ce huis-clos impuissant et forcé. Mam a rencontré Jeffrey dans un bus et depuis ils ne se sont plus quittés. De cette union est né Scott, enfant unique incompris de son père. Avec les années, le fossé qui les sépare devient de plus en plus grand. Scott prend le parti de sa mère et épie son père devenu un intrus. Des événements importants jalonnent leur vie à tous les trois (Jeffrey, Mam et Scott) et le ménage a du mal à vivre ensemble : le père devient menaçant et ressasse sans cesse ses souvenirs douloureux de la guerre. Mam est indulgente et supporte son compagnon en mettant justement tout sur le compte de la guerre. Scott ne peut, lui, plus accepter un tel comportement et ne supporte plus quand son père lève la voix contre sa mère. Un jour le fils prend une arme. Peu de temps après, mère et fils décident de fuir le domicile non pas vers un endroit défini mais plutôt vers un ailleurs.

Ce livre a suscité en moi différentes émotions. Au départ je suis partie assez perplexe sur ces terres américaines qui semblaient presque trop petites tellement la relation unissant les trois personnages prenaient toute la place. Puis les événements se sont enchainés et on assiste nous aussi au drame qui se joue. Loin de s’arranger, les cinquante dernières pages, m’ont donné du vague à l’âme. L’écriture prend de l’ampleur avec la fin du roman et on se sent porté par une espèce de mélancolie ambiante. Les paysages de nature apportent une valeur ajoutée à la prose et l’immersion dans le Phoenix des années 60 est plus que réussie.

Pendant tout le livre, on oublie que l'auteur est français car le tour de force est plus que maitrisé. Bravo !

Attention, ce livre ne sort que le 24 août. Ce livre est le deuxième égrené dans le cadre de la rentrée littéraire organisée par Libfly et le Furet du Nord. Merci !

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La légende des fils - Laurent Seksik (Flammarion, 2011, 192 p.)

RL2011b

Posté par Mélopée à 12:00 - Littérature française - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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