18 février 2013

Lausanne d'Antonio Soler

Je suis peu habituée de la littérature hispanophone et pourtant j'avais eu un gros coup de cœur pour La place du Diamant de Mercè Rodoreda. J'ai donc été ravie de découvrir un de ses confrères avec cette histoire de voyage construite autour de réminiscences douloureuses.
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La narratrice, Margarita, est dans un train qui l'emmène de Genève à Lausanne, voyage qu'elle effectue seule et qui est l'occasion pour elle de replonger dans ses souvenirs. Et le souvenir le plus vivace est sans doute celui de l'infidélité de son mari pour Suzanne, femme de l'ombre devenue omniprésente dans son ménage. C'est elle qui l'a présentée et c'est donc une certaine humiliation de la voir s'imposer dans son couple. On sent une certaine rancœur dans ses propos marquée par l'amertume d'une histoire d'amour qui bat de l'aile.
Mais le trajet en train est aussi l'occasion de remonter bien au-delà, de l'arrivée de son père à Lyon jusqu'à l'arrivée des enfants. C'est toute une vie qui se dessine pendant ce laps de temps qu'on imagine pourtant bien court.
En parallèle de l'introspection, il y a aussi l'observation des passagers qui l'accompagnent. Certains ressemblent étrangement aux acteurs de son histoire personnelle ce qui réactive émotions et passions. Car les allers-retours entre passé/présent s'intercalent dans une réalité quasi fantasmée.
Et toujours cette éternelle obsession, cette Suzanne qui s'est fait corps et qui pourtant, en début de roman, n'est plus là.

Suzanne aurait voulu qu'il soit momentanément courageux, juste assez pour rompre les liens avec moi. Puis elle aurait de nouveau alimenté sa lâcheté, accru ses peurs, l'aurait désamorcé de nouveau. Il avait eu son aventure, il avait montré au monde qu'il était capable de quelque chose. Il pouvait penser qu'il était lui aussi de la trempe d'Errol Flynn, ou de Clark Gable - qu'il préférait. (p. 189)

J'ai bien aimé cette histoire et me rends compte que j'ai tendance à privilégier des intrigues qui font résonance à ma propre vie. Ainsi, moi qui me familiarise au quotidien des trajets en train, j'ai apprécié la description de ce petit univers cloisonné en mouvement. C'est vrai que l'esprit divague au gré des voyages, que certains passagers attirent l'attention, que c'est aussi l'occasion de se recentrer sur sa propre raison d'être. J'ai trouvé toutefois dommage que l'histoire manque de ressorts car même si le trio amoureux s'installe, les relations sont polluées par des rancœurs et non-dits. Il y a comme un fatalisme dans cet adultère subi, dans l'irruption de l'intruse encombrante. Et pourtant, inévitablement, tout continue comme si l'histoire était bien fixée sur les rails de la vie...

Lausanne - Antonio Soler ; traduction de Séverine Rosset (Albin Michel, 2012, 286 p., coll. Les grandes traductions)

Posté par Mélopée à 23:15 - Littérature espagnole - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • J'aimais bien prendre le train quand j'étais étudiante. Ca ne me manque pas non plus, ceci dit.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 21 février 2013 à 10:36

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