07 mai 2014

Correspondance : 1910-1919 de Romain Rolland et Stefan Zweig

Je dois avouer d'emblée que je n'ai pas lu Zweig ni encore moins Rolland . Mais les correspondances, notamment entre écrivains, m'intéressent car elles révèlent une époque, une intimité et un fourmillement d'idées (ici très lié à l'activité créatrice des deux écrivains). Tandis que Zweig est le cadet de Rolland, c'est bien ce dernier qui remporte le plus de prestige, en ce premier tome de correspondance (qui en comptera trois, couvrant trois décennies). Zweig écrit sa première lettre en tant qu'admirateur, après avoir été ébloui par Jean-Christophe.

De la relation purement formelle de deux hommes de lettres qui se respectent et s'estiment, on passe à un échange plus constant et profond alors qu'approchent les années de guerre. Au plus fort de ces temps contrariés, les deux hommes s'écrivent de plus en plus régulièrement, font part de leurs inquiétudes sur les nations engagées dans le grand combat. Ils s'envoient leurs écrits, amassent un cercle d'amis autour d'eux et se voient, dès que l'occasion se présente. Que penser du tour que prend le monde ?

Alors que leurs deux pays respectifs sont en guerre, Rolland et Zweig envisagent une voie pacifiste et fédératrice. Rolland aide au comité de la Croix-Rouge à Genève, tandis que Zweig est enrôlé dans les services de propagande. En plus du grand intérêt historique, ce premier tome est, je pense, fondamental pour comprendre les élans de deux grands esprits qui ont compté parmi les plus grands humanistes du XXème siècle. Tout au long de leur première décennie de correspondance, de grandes valeurs sont placées au-dessus de tout : l'amitié, la paix, l'espoir...

 

Stefan Zweig à Romain Rolland [en traduction]
VIII, Kochgasse 8, Vienne
7 juin 1915
[...] Je vous parle comme à un oracle, et alors que ma plume avance sur la feuille, je sens déjà la douce et quasi tendre résonance de vos sentiments, qui enregistrent les plus minimes, les plus faibles sursauts d'une sensation vraie. Je sais que vous comprenez tout, et que votre bonté vous met à la hauteur de tout [...] (p. 243)

Après avoir refermé ce premier volume, vous aurez des envies bien légitimes : vous plonger dans les livres de Romain Rolland et surtout ceux de Stefan Zweig. Enfin, vous guetterez tout comme moi la sortie des deux prochains tomes. 
Et super travail de Jean-Yves Brancy, docteur en histoire de l'Université de Toulouse-II, pour le regroupement de lettres et les annotations ! C'est tout à fait précieux !

 

Correspondance : 1910-1919 - Romain Rolland et Stefan Zweig ; éd. établie, présentée et annotée par Jean-Yves Brancy ; trad. des lettres allemandes par Siegrun Barat (Albin Michel, 2014, 636 p.)

Posté par Mélopée à 17:03 - Du côté des essais - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Un avis qui ressemble au mien (et à celui de Praline), à savoir "tout à fait bien!". Je n'ai lu que Zweig et t'incite fortement à le découvrir. Et j'attends les tomes suivants...

    Posté par keisha, 08 mai 2014 à 08:39
  • Je seconde Keisha... Zweig est génial. J,adore. Je lis les correspondances petit à petit... et je profite!

    Posté par Karine:), 13 mai 2014 à 02:45
  • @ Keisha : Je n'ai décidément plus aucune excuse alors que cette correspondance m'a passionnée. C'est d'accord, je lirai Zweig très prochainement !

    @ Karine : Il avait l'air d'être un sacré personnage. De nature assez inquiète (pour cette période de l'Histoire c'est assez logique), on sent un homme sensible qui ne fait pas dans la demi-mesure dans ses relations.

    Posté par Mélopée, 15 mai 2014 à 13:45
  • C'est une de mes prochaines lectures. Moi aussi, je raffole des correspondances, et s'il s'agit de Zweig et de Rolland, alors....

    Posté par Bonheur du Jour, 16 mai 2014 à 05:59

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