04 juin 2014

Ma vie dans la supérette de Kim Ae-ran

Voilà une bouffée d'air frais venue tout droit de Corée du Sud où le comique de situation vous conquerra vous aussi à travers quatre peintures d'un quotidien fort en émotions...
Comme la collection l'indique, ce titre est composé de quatre micro-fictions qui m'ont toutes bluffée. N'ayant jamais entendu parler de l'éditeur, j'ai été alléchée par une quatrième de couverture totalement intrigante : Relation hilarante avec les directeurs des supérettes de son quartier, papotage insignifiant avec une vieille connaissance qui prend la narratrice au piège de son babillage, relation tendre et absurde entre un fils et un père, un premier amour narré par un père à son fils [...]

 

Et la première micro-fiction m'a complètement conquise jusqu'à me faire rire pour de bon. Tout d'abord parce que la narratrice a l'air d'avoir une personnalité formidable et que quelque part son auto-analyse est plus que fondée et fondante (croustillante à souhait, la preuve suit).

 

J'aime à me montrer brillante mais qu'un autre que moi pétille d'esprit et j'en conçois immédiatement du ressentiment à son encontre. [...]
Mon aisance est au zénith quand mon auditoire succombe à ma séduction. Je suis économe de préjugés mais je conserve ceux que j'ai acquis, même lorsqu'ils me portent tort.
(p. 10)

Je suis mon premier amour. De la liste des livres incontournables qu'il faut avoir lus, j'occupe le premier rang [...] (p. 11)

C'est que cette même narratrice est "piégée" par une jeune femme qui la reconnait et croit partager des souvenirs communs. Vous est-il déjà arrivé de rencontrer quelqu'un qui vous reconnait et de ne pas réussir à le resituer ? De ce long moment de solitude, succède un autre moment, celui-là de mensonge pour "plaire" à l'étranger qui se croit familier. Un vrai jeu de dupes et c'est jubilatoire au possible.

Je ne me souvenais ni d'elle, de Ji-eun, ni de Myung-hwa, ni de Seon-mi, mais du coup, j'avais le sentiment qu'il fallait mentir. Et une fois décidée, je voulais mentir sincèrement. (p. 16)

Je ne veux pas trop en dire car ce sont des micro-fictions, autant dire que les gags se situent au niveau des situations, racontés brièvement mais croqués avec succès. De la description du passage au supermarché, à la rencontre fortuite dans le métro, ou des voisins fantômes qui sèment leur linge comme des empreintes indélébiles... tout est tordant et plein de vivacité !

A lire avec plaisir pour découvrir un pan de la société sud-coréenne et toutes ces confusions qui sont communes à tous les hommes et nous font tomber d'un piédestal ! Très, très belle découverte !

 

Ma vie dans la supérette - Kim Ae-ran ; trad. de Kim Hye-gyong & Jean-Claude de Crescenzo (Descrescenzo, 2013, 96 p., coll. Micro-fictions)

Posté par Mélopée à 17:15 - Autres littératures - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Totale découverte, mais ça a l'air fort bien!!!

    Posté par keisha, 05 juin 2014 à 08:22
  • Voilà qui a l'air plutôt dépaysant.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 06 juin 2014 à 11:32
  • Mmmmmh comment ai-je pu passer à côté de ce billet ! Voilà un livre qui semble me correspondre pile poil !!

    Posté par A_girl_from_eart, 12 juillet 2014 à 14:54
  • @ Keisha : Oui, il y a de bonnes choses chez les petits éditeurs. J'avoue avoir toujours peur des coquilles mais c'est sans doute une idée préconçue, car ce recueil est formidable.

    @ Alex : Exact !

    @ A girl from earth : J'ai justement pensé à toi en le lisant. Ravie que tu le relèves

    Posté par Mélopée, 24 juillet 2014 à 18:32

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